REVUE DE WEB MARS

REVUE DE WEB MARS

La santé, les fake news, la communication d’entreprise : voici les sujets abordés dans cette revue de web en ce début de printemps.

Du Covid-19 à la manipulation

Depuis la crise du Covid-19, la santé est le thème majeur des journaux télévisés. Pour le site Internet de la Revue des Médias, Géraldine Poels, Responsable de la valorisation scientifique des collections et Véronique Lefort, chargée de mission en documentation de l’INA, ont constaté que la crise sanitaire a moins occupé les journaux télévisés durant les six derniers mois de l’année 2020. Mais la santé reste la thématique la plus traitée en 2020, une première depuis 25 ans.

L’année dernière, la pandémie de Covid-19 était abordée sur les chaînes d’information en continu, ainsi que dans les journaux télévisés du soir au cours du premier semestre 2020. Plus de la moitié des journaux télévisés a été consacrée au nouveau coronavirus sur cette période. A cause de cette actualité qui dominait toutes les autres, les JT avaient allongé leur durée de diffusion. 

Entre le 18 janvier et le 31 décembre 2020, le coronavirus SARS-CoV-2 a représenté 51 % de  l’offre d’information globale, et 47 % de la durée totale des JT sur l’année. La présence de ces sujets dans les JT a diminué entre le premier et le second semestre alors que le nombre de décès a augmenté au second semestre (+ 15 %). Si le nombre de morts est un facteur permettant d’expliquer le haut niveau de médiatisation de la pandémie, les pics semblent liés à des annonces de l’exécutif qui entraînent des conséquences fortes sur la vie quotidienne de la population.

Ainsi, la part des JT sur la pandémie a connu un record de 80,5 % pendant les huit semaines de confinement. Le pic du nombre de sujets (100) est, quant à lui, atteint le 28 avril, date à laquelle le gouvernement annonce le plan du déconfinement du 11 mai. Le nombre de sujets quotidiens reste, au 2e semestre, sous la barre des 50 – à l’exception d’un nouveau pic (83 sujets), le 28 octobre, jour de l’annonce du deuxième confinement.

En août, la pandémie a été la moins traitée par les JT mais elle n’est pas remplacée par des sujets plus légers. La rubrique « catastrophes » se hisse au 2e rang des thématiques, avec l’explosion dans le port de Beyrouth et les incendies dans le sud de la France et en Californie.

A partir de mars 2020, la durée des JT s’allonge :de 59 heures et 16 minutes en janvier à 86 heures et 31 minutes en mars (+ 54 % en moyenne et jusqu’à + 70 % sur TF1). Ils ne retrouvent une durée ordinaire d’antenne qu’à partir du mois de juillet.

La santé est le thème le plus médiatisé sur l’année 2020 : 37 % des sujets de JT lui ont été consacrés (contre 3,3 % en 2019). En 25 ans, pour la première fois, la santé occupe une telle place dans les JT.

Si l’économie est devancée par la santé au 1er semestre dans les JT, notamment en juin à l’issue du déconfinement (2e thématique en juin, avec 467 sujets). Elle est la 2e thématique la plus présente sur l’année, avec 12,2 % des sujets de JT et 13,8 % du volume horaire, une part un peu plus importante qu’en 2019 (10,9 % des sujets). 62 % des sujets de cette catégorie ont été consacrés à l’impact économique de l’épidémie.

En 2020, pour la première fois, un ministre – Olivier Véran – était davantage présent dans les JT que le chef de l’Etat ou le Premier Ministre. Dans le top 10 des personnalités dans les JT, figurent des responsables politiques et des médecins, consultants privilégiés de certaines chaînes (comme Gérard Kierzek sur TF1) ou sollicités en tant qu’experts. Le président américain Donald Trump a aussi connu une visibilité exceptionnelle. Enfin, le top 10 des prises de paroles dans les JT est exclusivement masculin, même si au deuxième semestre, l’épidémiologiste Catherine Hill occupe la 7e place.

La vaccination anti-Covid 19 est sujet à la désinformation. Dans le site Internet Blogducommunicant2-0.com, Olivier Cimelière, journali-communicant, déclare visiter régulièrement le site de debunking, AFP Factuel qui décrypte les faits apocryphes sur les vaccins. Il cite Hugo Mercier, chercheur CNRS en sciences cognitives à l’Institut Jean Nicod à Paris qui relative l’importance du phénomène des fake news : « Les fake news sont rares, dans le sens où elles ne représentent qu’une très faible part de la consommation totale d’informations du public et qu’une grande majorité des gens n’y sont jamais exposés. »

Des fake news liées à l’actuelle pandémie diffusent des messages dans lesquels virus et vaccin seraient destinés à instaurer un nouvel ordre mondial et asservir la population. Ces « informations » fausses exploitent les peurs, les dégoûts et les colères de chacun. La dernière édition du Trust Barometer de l’agence Edelman révèle cette confiance des opinions publiques envers ces fausses informations dans les pays occidentaux et en France, plus particulièrement. Elle montre, entre autres, une baisse de confiance accordée aux journalistes (-5 points). Le niveau de confiance envers les scientifiques dégringole, quant à lui, de 17 points.

Emmanuelle Danblon, enseignante-chercheuse en rhétorique à l’Université libre de Bruxelles constate que le complotiste se nourrit du ressentiment. Elle remarque aussi le complotiste moderne qui essaie d’être rationnel. Il se déguise en raisonnement scientifique. Par ailleurs, en 2020, les Décodeurs du Monde et Médiamétrie ont noté une prépondérance assez nette des 25-49 ans qui consultent ces sites de fake news.

La raison d’être et l’influence

La raison d’être et l’image de marque doivent être prises en compte de la communication d’entreprise. Pour le site Internet de Culture RP, son rédacteur en chef, Marc Michiels, a donné la parole à Sébastien Evain, Responsable de la Communication Externe et des Relations Médias chez Syngenta sous la forme d’une tribune. Syngenta a lancé le #GoodGrowthPlan qui a mis en avant deux priorités : être au service des agriculteurs et lutter contre le changement climatique. Il comprend également l’accompagnement de la transition agroécologique en accélérant l’innovation vers des nouvelles solutions de protection des plantes ou vers des nouvelles variétés plus résistantes aux maladies ou à la sécheresse par exemple.

La communication de cette société veut faire comprendre le monde en  mutation dans lequel nous évoluons. Elle se base sur quatre piliers : injecter de la rationalité, embarquer l’interne, décloisonner les RP et faire de la communication corporate comme un élément stratégique.

La première étape consiste à créer les conditions du dialogue. Cela nécessite d’être soi-même prêt à entendre les interrogations, les attentes et les craintes éventuelles de l’interlocuteur. L’écoute et l’empathie sont alors des leviers puissants. En cette période de règne de l’émotion et du fact-checking instantané, il est plus que jamais indispensable de se baser sur des éléments clairs, réels et identifiables afin d’aider le public à comprendre un sujet. La réflexion et la stimulation de la volonté de comprendre et de connaitre sont alors sollicitées ainsi que l’esprit critique. De plus, la communication prend son sens et oblige les experts techniques à reformuler avec une volonté pédagogique.

La seconde étape réside, quant à elle, dans l’embarquement de l’interne grâce à la communication externe. Les collaborateurs sont les meilleurs ambassadeurs d’une entreprise. Les réseaux sociaux révèlent le moral des collègues.

Enfin, la dernière étape : mener une stratégie de relations presse avec des réseaux sociaux, des leaders d’opinion et dans certains cas, des affaires publiques. Les relations publiques ou la communication d’influence permettent, en effet, de gagner en efficacité, en crédibilité et en audience de manière décuplée.

Selon Sébastien Evain, si la communication corporate protège la réputation de l’organisation, elle oriente la stratégie de l’entreprise. Ses grandes décisions doivent, en effet, être prises en tenant compte du bénéfice et du risque de réputation. Mais la communication corporate ne doit pas être dissociée de la communication produit et du marketing mais elle doit aussi rester au service d’une organisation.

Les dirigeantes communiquent différemment de leurs homologues masculins sur les réseaux sociaux. Pour le site Internet des Echos, la journaliste, Léna Sanchez, informe que selon le classement d’AmazingContent, Ilham Kadri, CEO de Solvay, est la dirigeante la plus influente sur les réseaux sociaux.

Parmi le top 10 d’un dernier classement, exclusif et strictement féminin, outre Ilham Kadri, se trouvent des dirigeantes dans l’industrie : Grazia Vittadini (directrice technique ou CTO d’Airbus), Annette Clayton (CEO de Schneider Electric Amérique du Nord), Christel Heydemann (présidente de Schneider Electric France), Barbara Lavernos (directrice générale des technologies et opération chez L’Oréal) et Nathalie Roos (directrice générale de la division L’Oréal Professionnel).

Par rapport aux hommes, ces dirigeantes traitent sur les réseaux sociaux, plus les thématiques liées à la RSE, notamment les sujets d’inclusion et de mixité sociale et l’égalité entre les hommes et les femmes. Selon Eliott Siegler, CEO et cofondateur d’AmazingContent, les dirigeantes tiennent un discours plus personnel et émotionnel, elles font appel plus au storytelling. Elles utilisent mieux les hashtags et les mentions que leurs homologues masculins.