REVUE DE WEB FEVRIER

REVUE DE WEB FEVRIER

L’utilisation d’un streaming vidéo et de réseaux sociaux par les médias, l’emploi du réseau social LinkedIn par ses usagers et les usages des Internautes : voici les thèmes de cette revue de web en pleine période épidémique.

Twitch et Instagram

L’information passe par des nouveaux supports comme Twitch. Vincent Carlino, chercheur post-doctorant à l’Académie du journalisme et des médias de Neuchâtel étudie l’utilisation de Twitch par les médias pour le site Internet La Revue des Médias. Dans les domaines de l’innovation et du journalisme numérique, ce service de streaming vidéo en direct et de Vidéo à la demande (VAD), est une nouvelle tendance du début de l’année 2021. Il permet la lecture d’un flux vidéo à mesure qu’il est diffusé. Initialement adoptée par les joueurs, l’usage de la plateforme s’est élargi aux usages numériques pendant le premier confinement.

L’arrivée du journaliste Samuel Étienne sur cette plateforme montre l’intérêt de la communauté de Twitch à l’actualité et des journalistes à ce service. En créant une revue de presse régulière réunissant quotidiennement plus de 15 000 spectateurs, l’animateur semble ouvrir un nouveau point de contact entre internet et la télévision. Quelques semaines après son arrivée sur Twitch, France Télévisions diffusait une émission en direct sur la vaccination. D’autres médias tels que Sciences & Avenir et Ouest France, y ont aussi des émissions.

Au-delà de la diffusion en direct, Twitch présente son principal atout : le chat. Avant la montée en popularité de cette plateforme, plusieurs médias l’ont expérimenté. Twitch est basée sur l’interactivité et l’inclusion des publics avec le chat en direct. S’il ne nécessite pas de créer un nouveau format, il faut savoir ce qu’on souhaite faire avec la plateforme et une communauté en construction.

En outre, des journalistes proposent des revues de presse généralistes ou thématisées, des commentaires d’actualité en direct, des débats et des émissions spécialement conçues pour la plateforme.  Des contenus se sont développés en s’inspirant de codes initialement développés avec le streaming de jeux vidéo. Les spectateurs sont également sensibles au style de présentation, à la personnalité, au ton employé et aux références utilisées.

Mais la dynamique propre à Twitch rend difficile l’application des initiatives de journalistes-streamers à un autre média. Le défi réside dans la capacité à réunir les communautés en fonction des plateformes et médias sur lesquels ils s’expriment. Le streaming d’actualité se fait à la marge des médias, autour d’individus qui développent l’intérêt et les compétences nécessaires afin de produire du contenu régulièrement.

Par ailleurs, les médias comme The Economist tentent d’attirer de nouveaux abonnés avec le réseau social Instagram. Xavier Eutrope, Journaliste à La Revue des médias, a interviewé Kevin Young, « Head of audience » de l’hebdomadaire britannique. S’appuyant sur une équipe de neuf journalistes, il dirige la stratégie Social media du magazine. Son objectif : ramener les followers sur le site web et l’application « maison ».

Le compte Instagram de The Economist avec 5,4 millions d’abonnés a été originellement créé en mai 2014 par son bureau photo qui le gérait comme un compte photo. Si au début, il exposait le travail de personnes travaillant à l’AFP, Getty Images…, à l’arrivée de Kevin Young à The Economist il y a près de deux ans, l’une de ses grandes priorités était de transformer ce compte d’Instagram en une réelle vitrine du journalisme visuel que The Economist produit. Kevin Young avait auparavant créé le compte Instagram de Bloomberg et de BBC News.

En outre, deux tiers des followers sur le compte Instagram de de l’hebdomadaire sont âgés entre 18 et 34 ans et représentent entre trois millions et trois millions et demi de jeunes. Il est plus suivi que LinkedIn, une autre de ses quatre plateformes les plus importantes. Ainsi, grâce au compte d’Instagram, ces jeunes followers retournent sur le site web de The Economist.

De plus, si les contenus liés au journalisme de données et les graphiques connaissent le plus grand succès en général, ils permettent à The Economist de se démarquer. Un graphique facile à comprendre, avec un titre très clair et une légende, retient, en effet, l’attention des utilisateurs.

Pour évaluer la performance des contenus publiés sur le compte Instagram, sont mesurés le trafic venant des clics sur le lien dans la bio et le nombre d’abonnements produits après qu’une personne ait lu un article. Les « likes » sont également observés ainsi que le nombre de partages via les messages directs. Parfois, les lecteurs réalisent une capture d’écran d’un post et ils le transmettent ensuite en DM (direct message) à un ami ou à un collègue. Avec le journalisme de données et les graphiques, les contenus sont partagés des milliers de fois. Instagram indique aussi le nombre d’abonnés au compte produit à partir d’une publication. Enfin, les renvois vers le site web et les abonnements sont également importants à noter.

Par ailleurs, Instagram entraine actuellement entre 5 % et 10 % du trafic social de The Economist chaque mois. Facebook reste le plus gros conducteur d’audience parmi les réseaux sociaux. De plus, l’activité sur les médias sociaux génère des dizaines de milliers d’abonnements par an, et plus de 10 % de ceux-ci sont issus d’Instagram.

Comme beaucoup de médias, une augmentation significative du trafic a été observée en mars, avril et mai 2020. Le nombre de followers a alors augmenté. Ses contenus se sont distingués grâce aux journalistes scientifiques qui ont traité les origines du nouveau coronavirus, l’histoire des vaccins et de leur mise au point.

De plus, la stratégie sur Instagram est pensée en même temps que celles pour LinkedIn, Twitter et Facebook. Sur LinkedIn et Instagram, huit messages sont diffusés par jour sur chacune des deux plateformes. Sur Instagram, sont postés des articles qui viennent d’être publiés, tandis que sur LinkedIn, les archives et la vidéo sont favorisées. Mais les mêmes mots sont utilisés sur les deux réseaux, parce qu’Instagram et LinkedIn sont toutes deux des plateformes très conversationnelles, qui favorisent l’engagement des publics. L’algorithme de LinkedIn semble favoriser les commentaires et l’engagement sur les histoires en plus des clics. The Economist peut souvent débuter un débat sur LinkedIn en utilisant le même langage que sur Instagram.  Mais son site web et son application sont les extensions privilégiées car elles lui appartiennent.

Enfin, les quatre plateformes (Facebook, Twitter, Instagram, LinkedIn), permettent de ramener les gens sur le site web de The Economist alors que Snapchat favorise l’engagement des utilisateurs sur la plateforme et à y rester.

Du réseau social professionnel à Internet

Par ailleurs, l’utilisateur du réseau social professionnel LinkedIn peut maîtriser le flux d’informations de son compte. Alexandra Patard, journaliste, livre des conseils dans le Blog du Modérateur afin d’améliorer la qualité des publications présentes sur LinkedIn en s’appuyant sur le blog de LinkedIn. Pour échanger avec des personnes partageant les mêmes intérêts professionnels, trouver de nouveaux contacts et effectuer une veille efficace sur son secteur d’activité, il est primordial d’avoir un flux LinkedIn pertinent. Pour cela, la plateforme recommande de choisir les membres avec lesquels on se connecte selon des critères précis. Lorsqu’on mène des recherches sur des nouvelles personnes, des groupes, des entreprises ou des organisations à suivre, il est possible de faire appel à la fonctionnalité des recommandations personnalisées pour développer sa communauté.  De plus, il est conseillé de personnaliser son flux LinkedIn. Celui-ci est, en effet, alimenté par les informations qu’il récolte dès qu’on réagit, commente, partage des messages. Il ajuste ainsi les publications présentées.

Afin d’améliorer la qualité de son fil, le réseau demande à ses membres d’indiquer ce qu’ils aiment et ce qu’ils n’aiment pas. En cliquant sur les trois points (…) d’un message, différentes options sont possibles : l’enregistrement et le rapport du message, le masquage du message particulier de son flux. De plus, l’algorithme LinkedIn s’adapte selon des publications appréciées, des personnes ou des entreprises qu’on aime suivre et des formats de publication appréciés sur la plateforme.

En outre, pour orienter les conversations et les informations dans son flux, le réseau professionnel recommande l’utilisation des hashtags, comme #content, #digitalmarketing ou des sujets sociétaux tels que #blacklivesmatter. Il est également possible de suivre des hashtags sur LinkedIn, soit en cliquant sur un mot-clé présent au sein d’une publication présente sur son fil, soit en le trouvant avec la barre de recherche.

D’autres fonctionnalités sont proposées afin de mieux contrôler les conversations auxquelles on participe sur LinkedIn en décidant par exemple quelle personne peut voir vos messages. Ainsi, la plateforme permet également de définir qui est autorisé à répondre aux publications (n’importe qui, les connexions uniquement ou personne). Si les commentaires sont désactivés après avoir partagé un message, tous les commentaires présents sur ce message seront supprimés. Enfin, s’ajoutent deux autres fonctionnalités : limiter les paramètres de visibilité d’une publication et signaler tout contenu négatif sur un profil, dans un post, un message ou un commentaire.

En 2020, les usages d’Internet des Français ont fortement augmenté dans ce contexte inédit de crise. Estelle Raffin, journaliste, révèle les chiffres observés par Médiamétrie, expert en étude médias en France concernant Internet en 2020 pour le Blog du Modérateur.

Ainsi, 19,2 millions de Français s’informent quotidiennement sur les sites et applications (apps) d’actualités (+12 % par rapport à 2019). De plus, 29,4 % des Français consultent des sites de vidéo, de SVoD (vidéo à la demande). Face à la crise, entre confinement et distanciation sociale, les français ont augmenté leurs usages d’Internet : 2h25 de temps passé à surfer par jour et par personne, soit +19 % par rapport à 2019. Les 15-24 ans restent le plus de temps sur Internet : 4h23 par jour, soit +24 % par rapport à l’an dernier. Par ailleurs, près de la moitié des CSP + ont fait appel à des messageries et outils de visioconférences professionnels pour le télétravail.

Parmi les 3 tendances majeures des besoins des Français, le besoin de s’informer s’est distingué. Comme la situation sanitaire a inquiété les Français, l’audience des sites et applications d’actualités a enregistré une forte hausse (+2 millions de visiteurs uniques quotidiens). Dans le même temps, les sites et apps de fake news ont, quant à eux, doublé leur audience pendant le premier confinement. Enfin, la communication digitale avec les proches a été importante. Ainsi, la communication avec ses amis et sa famille grâce aux applications est devenue un besoin primordial en 2020 dans un contexte de crise sanitaire.