DESINFORMATION, SCIENCE ET MEDIATION
Entre ingérences numériques, censure des termes scientifiques et défis de la médiation sur le terrain, ce mois de juillet interroge directement la place des faits dans notre société. De la tribune politique aux laboratoires du CNRS, en passant par le centre de contrôle de l’ISS, découvrez ma sélection de contenus et de débats qui rappellent toute l’importance d’une information scientifique rigoureuse, protégée et partagée.
Face aux fakes et au déni
Parmi les temps forts de ce mois de juillet, la conférence de presse restituant le rapport d’information du Sénat sur les « zones grises de l’information dans l’espace numérique » dresse un constat aussi alarmant que nécessaire. Présenté par les membres de la mission d’information sur les « zones grises de l’information » Lafond, Agnès Evren et Sylvie Robert, ce travail met en lumière la vulnérabilité du débat démocratique face à la désinformation industrielle, amplifiée par la logique attentionnelle des plateformes et l’essor de l’IA générative. Entre assèchement des recettes de la presse traditionnelle et absence d’outils face aux ingérences intérieures, la commission ne se contente pas d’un diagnostic : elle avance 55 propositions concrètes — de la création d’un Observatoire de la désinformation à la régulation renforcée via l’Arcom. Un travail salutaire qui rappelle toute l’importance d’une médiation exigeante pour défendre la valeur de l’information vérifiée.
Lorsque l’espace numérique est pollué par des logiques d’influence, c’est la parole des experts et des chercheurs qui se trouve directement menacée. C’est précisément ce mécanisme qu’ont analysé les invités de l’émission « À vrai dire » sur TV5 Monde. Michael E. Mann, climatologue et géophysicien américain, Valérie Masson-Delmotte, paléoclimatologue et ancienne coprésidente du Groupe n°1 du GIEC, Hindou Oumarou Ibrahim, militante tchadienne et co-présidente du Forum international des peuples autochtones sur le changement climatique et Éléonore Duffau, chercheuse au sein du programme Climat, Environnement, Sécurité à l’IRIS et à l’Observatoire Défense et Climat décryptent les mécanismes du déni climatique institutionnalisé. De la révision de la loi sur la protection des glaciers en Argentine au bannissement de termes scientifiques du vocabulaire officiel aux États-Unis, les invités mettent en lumière la stratégie des « 3P » (Populisme, Polarisation, Post-vérité) portée par certains gouvernements. Face aux attaques ciblées contre la liberté académique et la censure des mots, l’échange rappelle avec force qu’effacer les faits dans le discours n’annule en rien l’urgence des impacts sur le terrain, faisant de l’information scientifique rigoureuse un rempart démocratique essentiel.
Du terrain aux réseaux
Mais sur le terrain, cette rigueur scientifique impose une exigence constante dans le traitement même de l’information, particulièrement lorsqu’elle émane de milieux ultra-sécurisés ou institutionnels. Comment traiter une information scientifique en temps réel lorsqu’elle est produite à 400 kilomètres d’altitude sous de strictes contraintes institutionnelles ? Ce numéro de la chronique « Derrière l’image » commenté par Sylvain Rousseau, journaliste à France 24, offre une mise en abyme captivante du travail d’investigation et de médiation. Pour la première fois depuis plus de dix ans, une équipe de journalistes s’est vu ouvrir les portes du CADMOS (le centre du CNES pilotant les expériences françaises en micropesanteur). Entre la gestion des accréditations croisées (CNES, ESA, NASA), la vérification des flux de données en direct et le décryptage du protocole Physiotool mené par Sophie Adenot, la séquence illustre avec pertinence la complexité du journalisme scientifique. Elle met en lumière les coulisses du traitement de l’information : traduire le langage ultra-technique des ingénieurs au sol, recouper les agendas des agences spatiales et restituer avec clarté des enjeux de recherche majeurs (physiologie, médecine terrestre) pour le grand public.
Car pour nourrir les médias et assurer ce transfert d’information rigoureux, la force du réseau reste indispensable. Ce mois-ci, le CNRS revient en vidéo sur la Journée des correspondants communication, un rendez-vous fort dédié au partage de pratiques et au réseau. À travers ces témoignages, on redécouvre la richesse des initiatives de terrain pour décloisonner la recherche : qu’il s’agisse de tirer parti des opportunités offertes par l’IA et les réseaux sociaux, de valoriser des parcours de femmes scientifiques à travers de nouveaux formats vidéo comme la chaîne Maman chercheuse, ou tout simplement de créer des passerelles durables entre spécialistes et grand public. Une belle illustration d’une médiation scientifique dynamique, humaine et résolument tournée vers l’avenir.
Protéger l’information scientifique, traduire la complexité des technologies et faire vivre les réseaux : ce fil rouge traverse à la fois l’actualité de ce mois de juillet et l’ensemble de mon parcours en communication et édition scientifique. À l’heure où les outils numériques et l’IA redéfinissent nos métiers, l’exigence journalistique et le souci de la vérité factuelle demeurent nos repères inébranlables.
Rendez-vous le mois prochain pour une nouvelle sélection d’actualités et de décryptages !